Je vous propose de continuer notre série d'interviews consacrée aux femmes qui occupent des métiers très techniques au plus près du terrain.
À la suite de nos deux premières interviews, avec Laurine et Julie, je donne aujourd’hui la parole à Marie-Thérèse, qui nous parle de son métier de conductrice de train sur la ligne N.
À travers cette série d’entretiens, je souhaite mettre en lumière des parcours de femmes, souligner la qualité de leur travail, mais aussi partager leurs difficultés, leurs doutes, leurs réussites et la manière dont elles ont su trouver leur place dans ces environnements.

Pour commencer, peux-tu nous décrire ton poste ?
J’assure la circulation de trains de voyageurs sur les lignes N et U. Mon rôle est de conduire des trains en toute sécurité, en respectant strictement les règlements et les procédures. Je suis la garante de la sécurité de ma circulation et de mes passagers.
À quoi ressemble ta journée, ton rythme de travail ?
Une journée type commence par ma prise de service et la préparation du train. J’effectue des vérifications techniques et je prends connaissance des consignes du jour.
Je conduis ensuite mon trajet en restant concentrée et attentive aux conditions de circulation. Je peux être amenée à gérer des imprévus, comme des retards ou des incidents techniques.
Je reste en lien constant avec les équipes au sol et je tiens les passagers informés tout au long du trajet. Mes horaires sont souvent variables, incluant nuits, week-ends et jours fériés. Ce métier demande rigueur, réactivité et un grand sens des responsabilités.
Peux-tu nous dire si le fait d’être une femme influence-t-il ton quotidien professionnels ?
Dans le métier en lui-même, ça ne change rien : j’ai les mêmes responsabilités et les mêmes exigences que mes collègues. Mais personnellement, je suis plus vigilante et je fais plus attention à mon environnement le soir.
Je ne réagis pas de la même façon qu’en pleine journée, simplement parce que je pense aussi à ma sécurité.
As-tu déjà fait face à des obstacles ou des idées reçues ? Comment as-tu réussi à les surmonter ?
Au début dans ma famille, il y avait pas mal d’inquiétudes : pour eux, c’était un métier d’homme, avec beaucoup de mécanique, des tâches physiques et compliquées. Ils pensaient que je serais tout le temps en déplacement. J’ai dû leur montrer sur quel type de train je travaillais et que j’étais capable de faire ce métier.
Heureusement, j’ai beaucoup de soutien de la part de mes collègues, femmes et hommes. Ils m’épaulent, m’écoutent et me conseillent quand j’en ai besoin. C’est une vraie chance pour moi de pouvoir compter sur eux.
Qu’est-ce qui est souvent méconnu dans ton travail ?
Certaines personnes ne savent pas que j’ai été formée pendant un an avant d’être conductrice. Que pour accéder à ce métier on a des tests psychotechniques et physiques. Car nous sommes responsables à bord de nos trains de la sécurité de nos voyageurs.
Il y a aussi des réalités du métier que les gens ne soupçonnent pas forcément, par exemple :
- Nos horaires décalés (on peut débuter à 3h et finir une journée de service à 2h)
- Le fait de dormir 1 à 2 fois par semaine à l’extérieur de notre domicile
C’est un métier passionnant, mais qui demande beaucoup d’adaptation.
Y a-t-il une étape clé ou un tournant dans ta carrière qui a compté pour toi ?
La première étape marquante a été la fin de ma formation et mes premiers trains seule.
C’est un moment fort, parce que j’ai vraiment réalisé que j’étais devenue conductrice. J’ai mesuré la confiance que l’on m’a accordée.
Une autre étape importante a été de devenir relais mixité au sein du réseau mixité SNCF.
Cela m’a permis de participer à des actions dans le but de mettre en lumière le métier de conductrice de train et contribuer à lutter contre les discriminations.
SNCF Mixité c’est le réseau pour une égalité entre les femmes et les hommes du groupe SNCF. Depuis 2012, il donne la possibilité à ses membres de se développer, de se révéler et de contribuer à la transformation du groupe est une ambition forte du réseau SNCF Mixité.
Que préfères-tu dans ton quotidien professionnel ?
Ce que j’aime le plus, c’est le sentiment de responsabilité et d’utilité. Je transporte des voyageurs qui comptent sur moi pour arriver à destination. J’aime aussi la diversité de mes journées, aucun service ne se ressemble vraiment.
Et personnellement j’aime les horaires décalés car ça me permet d’avoir un équilibre vie pro vie perso. (Prendre des rendez-vous médicaux, aller faire des courses en heures creuses,…)
Comment tu es devenue plus sûre de toi dans ton travail ?
Ça fait seulement un an que je suis sur le poste, et je n’ai pas encore pleinement confiance en moi. Je travaille beaucoup sur cet aspect au quotidien : je me questionne, je révise mes procédures, je refais mentalement certains scénarios.
Tout cela m’aide à me rassurer et à progresser petit à petit. Je sais que je prendrai plus confiance avec du temps et de l’expérience.
Qu’est-ce qui, à la SNCF, contribue à faire évoluer les mentalités ?
Je pense que le fait de voir de plus en plus de femmes dans des métiers qui étaient historiquement masculins, change vraiment les perceptions.
Il y a aussi beaucoup plus de sensibilisation, grâce notamment au réseau mixité interne au groupe, qui organise des actions pour promouvoir l’égalité et soutenir ceux qui veulent s’engager. Je pense que voir cette diversité se développer fait évoluer les mentalités petit à petit.
Qu’est-ce qui te rend la plus fière dans ton parcours ?
Je suis fière d’exercer un métier utile à la société et de maîtriser les responsabilités qu’il implique. Je suis aussi fière de la formation et de la rigueur que ce métier demande.
Et enfin je suis fière de participer à des actions qui peuvent créer des vocations et encourager d’autres femmes à rejoindre ce métier.
Pour finir, aurais-tu un message à transmettre aux femmes qui envisagent de rejoindre la SNCF ou d’évoluer dans des métiers similaires au tien ?
Je leur dirai si ce métier vous attire, foncez ! Avec de la volonté et du travail personnel, je crois que tout est possible. Et aujourd’hui, il y a beaucoup de personnes prêtes à soutenir et accompagner celles qui veulent réussir.
Un grand merci à Marie-Thérèse d’avoir accepté de se confier sur son métier de conductrice de train.
On se retrouve dans deux semaines pour la suite de notre série « Elles font rouler nos lignes N&U ». Et je reste disponible en commentaires pour répondre à toutes vos questions 😊

Déposez le premier commentaire sur ce sujet
Pour commenter, vous n’avez désormais plus besoin de créer un compte ; seuls un pseudo et une adresse mail sont nécessaires.